CENTRINNO : Que se passe-t-il dans le projet de patrimoine industriel européen de plusieurs millions ?

Ce grand projet européen promet beaucoup pour l'avenir, mais que signifie-t-il pour le patrimoine ?

©CENTRINNO
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CENTRINNO est difficile à décrire. C'est un projet massif, impliquant 9 villes et 25 organisations partenaires à travers l'Europe. Dans le cadre d'Horizon 2020, il a reçu plus de 8 millions d'euros en financement de l'UE. Ça promet d'être "Une nouvelle révolution industrielle qui place les citoyens au cœur de la transformation durable" .

Dans chacune des 9 villes (qui vont de Tallinn à Barcelone), des hubs seront implantés dans d'anciennes zones industrielles. À Amsterdam, par exemple, le hub s'articulera autour du quartier NDSM, un ancien chantier naval sur le front de mer de l'IJ.

Alors, qu'est-ce que CENTRINNO ? La réponse est simple : il s'agit d'un projet de recherche qui vise à utiliser d'anciennes zones industrielles pour améliorer des sites urbains. Réutilisation adaptative est un thème commun pour le projet, mais il est également axé sur l'utilisation du patrimoine immatériel. CENTRINNO vise à valoriser tous les types de patrimoine industriel à grande échelle, à travers l'Europe.

L'histoire complète est plus compliquée. Le projet s'articule autour de 5 concepts de base, qui sont conçus pour créer des transformations urbaines (pour le mieux) :

Économie circulaire

L'inclusion sociale

Innovation

Formation professionnelle

Patrimoine (Archives vivantes CENTRINNO)

C'est beaucoup à assimiler, mais chacun de ces concepts est destiné à améliorer la société urbaine. En théorie, ils peuvent rendre nos villes plus durables, plus diversifiées et inclusives, et mieux préparées pour l'avenir.

Cependant, ce sont de gros concepts avec lesquels il faut s'attaquer, c'est pourquoi le projet est réparti entre 25 organisations partenaires. CENTRINNO a développé une méthode spécifique pour comprendre et mettre en pratique chacun de ces concepts. Par exemple, la notion de patrimoine sera explorée avec la méthode des « archives vivantes ».

Par conséquent, les partenaires contribuent chacun en faisant une des méthodes dans leur ville. L'ensemble du projet ressemble à une grande machine répartie dans toute l'Europe, les organisations partenaires jouant le rôle de rouages. Ils rendent compte aux responsables du projet pilote de leur ville, qui font ensuite rapport plus haut, et ainsi de suite.

Pour un étranger, le projet semble presque impossible à gérer. Ce chaos organisé a cependant un but : il promet que CENTRINNO aura un impact local.

Le patrimoine comme catalyseur

Le projet s'articulant autour de la réutilisation d'anciens espaces industriels, le patrimoine industriel est au cœur du projet. Ils y voient un catalyseur d'innovation et d'inclusion sociale, et les sites urbains comportent souvent de grandes quantités d'espaces industriels désaffectés – mais précieux. CENTRINNO pense que nos espaces urbains doivent changer, alors pourquoi gaspiller ces lieux intéressants ? De plus, si des lieux historiques doivent être transformés, leur histoire doit être enregistrée pour la postérité et l'inspiration.

Dans les endroits où l'artisanat et les compétences historiques sont encore pratiqués, il est possible d'utiliser le patrimoine pour améliorer la vie des jeunes générations. Par exemple, un constructeur naval historique peut organiser des ateliers pour les enfants locaux.

La principale méthode utilisée par CENTRINNO pour établir les valeurs patrimoniales de ces lieux consiste à Archive vivante.

Essentiellement, l'archive vivante n'est qu'une base de données fantaisiste. C'est un référentiel d'histoires - et CENTRINNO garde cette définition lâche. Archives, objets ou souvenirs ne sont que quelques-unes des « histoires » possibles. Si cela peut être écrit, cela peut être une histoire pour les archives.

La première étape consiste, bien sûr, à collecter les histoires. A Amsterdam, la manière dont CENTRINNO rassemble le patrimoine s'inspire Imaginez IC, et développé par des chercheurs du Académie Reinwardt. C'est très participatif, et les expositions patrimoniales qui en découlent sont à vocation locale. Chaque histoire ou objet reçoit une identité et des métadonnées, ce qui est vital pour la prochaine étape.

Première version de Living Archive, avec un contenu fictif pour la démonstration. © CENTRINNO Livrable 2.3, pp.28

L'archive vivante est ensuite construite sur ces histoires collectées. En utilisant les métadonnées, chaque histoire peut être cartographiée sur un Visualisation Kumu. Il s'agit de la vie archive : non pas une base de données cachée accessible uniquement aux archivistes formés, mais quelque chose d'inspirant et d'attrayant. Si quelqu'un trouve une histoire intéressante en rapport avec son patrimoine, il pourra utiliser les archives pour voir à quoi il est lié. A ce titre, il représentera organiquement le patrimoine de la zone industrielle. L'archive est destinée à être amusante à jouer et à regarder.

Enfin, cette visualisation est utile à CENTRINNO dans une perspective de recherche. Les tendances peuvent être identifiées facilement et peuvent être utilisées pour guider les projets futurs. L'un des objectifs à l'avenir est de réfléchir sur l'Archive Vivante et de voir quels messages les gens peuvent en tirer.

Comment CENTRINNO réussira-t-il là où d'autres ont échoué ?

Un si grand projet peut-il jamais changer quoi que ce soit localement ? Aura-t-il un impact durable ? C'est toujours une préoccupation pour les projets multinationaux. S'assurer que le financement atteint les personnes qu'il est censé aider n'est pas facile, surtout lorsque ces projets sont coordonnés par des personnes extérieures à la communauté. L'archive vivante ne restera vivante que si les gens font battre son cœur.

Cependant, lorsque j'ai parlé aux personnes impliquées dans CENTRINNO, il y avait un sentiment d'optimisme surprenant. Il y a, comme prévu, quelques inquiétudes. Des termes tels que « durable » et « économie circulaire » sont utilisés si souvent qu'ils commencent à perdre leur sens. La gentrification est un risque certain, mais c'est un risque qu'ils planifient. L'inclusion sociale étant au cœur du projet, ils savent qu'ils doivent être proactifs. Dans l'ensemble, j'ai senti qu'il y avait une réelle confiance dans le projet.

De plus, tous les participants au projet savent que le financement de l'UE qu'ils reçoivent est lié à des indicateurs de performance clés. Les histoires doivent être partagées, les travaux doivent être créés, les archives doivent être publiées, sinon les financements se tariront.

Cela garantit-il que CENTRINNO tiendra ses promesses ? Au moment d'écrire ces lignes, c'est difficile à dire – à trois ans de la fin, le projet n'en est encore qu'à ses balbutiements. S'il est fait correctement, CENTRINNO pourrait devenir la référence en matière de réutilisation de notre patrimoine pour les décennies à venir. Pour 8.5 millions d'euros, les attentes sont élevées.

Pour en savoir plus sur CENTRINNO et comment vous impliquer, rendez-vous sur centrinno.eu.